Policy & Regulation

Primark, H&M et Zalando ont demandé à Bruxelles de subventionner ce qu'ils rendent possible

Soixante-neuf marques de mode — généralistes, rapides et plateformes — ont demandé à l'UE, aux États-Unis et au Canada des allègements fiscaux sur la revente et la réparation. Quand Primark et Zalando signent la même pétition que Vinted, la circularité a cessé d'être un argument de durabilité pour devenir une question de marge.

A brass weighing scale in a Brussels parliamentary chamber, with new fast-fashion garments on one pan and the same garments mended for resale on the other.

Sir John Crabstone

Le 21 mai, soixante-neuf organisations du secteur de la mode et du textile ont demandé aux gouvernements de Bruxelles, Washington et Ottawa de réduire la TVA sur les vêtements d’occasion, d’alléger les charges sociales sur la réparation et d’étendre les dispositifs de responsabilité des producteurs en matière de collecte textile. Parmi les signataires figurent Vinted et Vestiaire Collective, ce qui ne surprend personne. On y trouve aussi Primark, H&M Group et Zalando, ainsi qu’Inditex, ce qui mérite qu’on y lise à deux fois.

La coalition est coordonnée par la Ellen MacArthur Foundation, et l’argumentaire économique est suffisamment sobre. Les articles de seconde main sont taxés à chaque transaction, et non uniquement au point de vente initial. La réparation est une activité à forte intensité de main-d’œuvre, contrairement à la fabrication industrielle ; la main-d’œuvre représente la moitié du coût unitaire d’une réparation, et les charges salariales pèsent en conséquence. Des allègements ciblés permettraient, selon les projections de la Foundation, de porter les marges brutes jusqu’à 55 % pour la revente et environ 41 % pour la réparation, dans un marché qu’elle anticipe à 393 milliards de dollars d’ici 2030 — en progression à un rythme deux fois supérieur à celui du reste du secteur.

La question plus délicate est celle de qui signe.

Primark existe parce que la production de vêtements neufs à grande échelle est peu coûteuse. H&M a bâti soixante ans d’activité sur cette même proposition. Zalando distribue plus de vêtements en première main en Europe que n’importe qui d’autre. Aucun d’eux n’est l’aile caritative de Vinted. Ils signent une pétition qui qualifie leur modèle économique de foncièrement sursubventionné et demande à l’État de subventionner l’autre bout de ce même modèle.

La lecture honnête, c’est celle d’une logique d’acquisition.

Au sein du Fashion ReModel cohort de la Foundation, les revenus circulaires progressent environ quatre fois plus vite, dans les segments concernés de ces entreprises, que le reste de leurs activités. La directrice du développement durable de H&M a décrit le fait de « rééquilibrer l’économie de la revente » comme l’une des voies les plus concrètes et les plus rapides pour développer la circularité. C’est aussi la voie la plus rapide pour développer une ligne de marge que H&M ne contrôle pas réellement. Il en va de même pour Primark, qui a consacré trois ans à concevoir ses vêtements selon une Circular Product Standard, et pour Zalando, dont la catégorie articles d’occasion est désormais présente sur quatorze marchés européens. Chacun acquiert la couche ; chacun préférerait que cette couche soit moins coûteuse à opérer.

L’alignement intersegments est le signe révélateur. Primark joue sur la valeur, H&M sur le renouvellement, Inditex sur la rapidité, Zalando sur l’effet de plateforme. Quand les quatre signent le même texte que Vinted, ils ne s’opposent plus sur la stratégie. Ils s’accordent sur la localisation du prochain gisement de marge.

Cela change la nature de la pétition. La Foundation fournit le cadre ; le bilan des enseignes de fast fashion fournit l’urgence. La durabilité était le point d’entrée. La marge est la raison pour laquelle la porte est restée ouverte.

Le test pour savoir si un engagement d’entreprise a atteint la maturité stratégique, c’est de se demander si l’entreprise le signerait encore en période de récession. La revente en 2026 évolue déjà dans un tel contexte ; Kearney a constaté, comme R&R l’a rapporté, que le consommateur réorganise son panier plutôt qu’il ne dépense moins. Primark, H&M et Zalando signent quand même. La demande porte sur le coût des marchandises, pas sur la bonne volonté.

Vinted a besoin de cette politique pour croître. Les signataires plus importants en ont besoin parce que la prochaine décennie de marge unitaire dans la mode repose sur des articles qu’ils n’ont pas eux-mêmes fabriqués.

Ce que Bruxelles fera ensuite en dira plus long sur ses préférences industrielles que sur ses ambitions environnementales.