Hanoi a compté 604 contrefaçons. L'avis de saisie n'a nommé aucun grossiste.
Le Département vietnamien de la gestion des marchés a saisi 604 articles contrefaits ou portant des marques contrefaites dans deux boutiques de Hanoi début mai, mentionnant uniquement des « circuits informels » comme filière d'approvisionnement. Le marché Tan Thanh et les plateformes qui concentrent 97 % du marché e-commerce à quatre acteurs ont été cités dans les revues successives des marchés notoires de l'USTR ; aucun ne figure dans l'avis de saisie.
Sir John Crabstone
Le 7 mai, le Département vietnamien de la gestion des marchés comptabilisait 140 articles contrefaits de marques Burberry et Gucci chez PHAM LUXU, une boutique de la rue Tay Son à Hanoi. Une seconde inspection, mentionnée dans le même communiqué du 9 mai, a permis de saisir 464 articles supplémentaires portant dix marques de luxe et de sport au 102 de la rue Nhon. Le décompte au détail est précis ; la filière d’approvisionnement, elle, est décrite comme des circuits informels.
Cette formule constitue l’intégralité du document.
Le Vietnam dispose de deux circuits grossistes connus pour les contrefaçons de luxe, et l’avis du 7 mai n’en mentionne aucun. Le marché Tan Thanh, situé à la frontière chinoise dans la province de Lang Son, est depuis au moins 2023 la plaque tournante physique des contrefaçons de luxe qui remontent vers les marchés de gros de Hanoi. Ces 140 articles ne se sont pas déplacés seuls.
Le circuit numérique passe par Shopee et TikTok Shop, tous deux cités dans la revue des marchés notoires 2025 de l’USTR — Shopee pour 35 000 annonces de produits contrefaits dans quatre pays signalées par un membre de l’American Apparel and Footwear Association au premier semestre 2025, un chiffre repris dans le processus d’examen de l’USTR, et TikTok Shop pour la promotion de contrefaçons via des influenceurs. Aucun de ces noms ne figure dans l’avis du 7 mai.
La grammaire politique de ce document est ce qui le rend intéressant. Hanoi applique la loi sous pression tarifaire ; la campagne a démarré le 7 mai, dans la foulée de mois de plaintes américaines concernant des marchandises chinoises transbordées. Un pays qui cherche l’approbation de Washington a toutes les raisons de publier des bilans chiffrés et autant de raisons de garder court la liste des plateformes nommément citées. Deux des trois circuits concernés appartiennent à des intérêts étrangers ; le troisième est un bazar frontalier que personne ne veut fermer. Le détaillant absorbe le titre de presse ; le circuit reste ouvert.
Un test utile pour tout avis d’application de la loi consiste à se demander si le contrevenant désigné aurait pu commettre la violation seul. Cent quarante articles de marques variées, sans emballage ni facture, provenant de circuits informels : voilà l’inventaire de quelqu’un qui a passé commande sur un forum de gros la semaine dernière, non d’un faussaire qui possède sa propre usine. Le propriétaire est le dernier maillon. Le communiqué de presse ne va pas plus loin.
C’est la forme habituelle d’une action coercitive en milieu de cycle : on nomme le défendeur visible, on passe sous silence le facilitateur structurel. L’affaire de détournement textile de l’OLAF ce même mois a fonctionné de la même façon, comme nous l’écrivions plus tôt cette semaine. Ce schéma perdure parce qu’il est administrativement économique et politiquement propre, et parce que saisir 140 articles dans une boutique donne un communiqué de presse, tandis que démanteler la couche de routage donne un différend commercial.
Fermer le circuit grossiste exigerait ce que la fermeture d’un seul détaillant n’exige pas : la coopération d’une plateforme basée à Singapour, d’une entité TikTok Shop qui répond à ByteDance, et d’une province frontalière qui tire des recettes fiscales substantielles du commerce transfrontalier. Le Département de la gestion des marchés n’a autorité sur aucun de ces acteurs. Il a autorité sur le stockroom mentionné dans l’avis et sur le titre d’exploitation que son propriétaire n’avait pas.
Ce que Burberry et Gucci devraient lire dans cet avis, c’est que le dispositif de contrôle vietnamien sait où se trouve le circuit de gros et ne le nommera pas spontanément. Burberry et Gucci — parmi dix titulaires de marques — ont désormais reçu du Département des images des produits pour vérification. C’est le moment de poser la question plus difficile : non pas de savoir si les articles sont faux, mais d’où proviennent 604 contrefaçons saisies dans un pays où deux plateformes détiennent 97 % d’un marché e-commerce à quatre acteurs.
Le vendeur, c’est ce que l’avis nomme. Le fournisseur, c’est ce qu’il sait.