Drapers a recensé les ouvertures de boutiques en 2026. La boucle infernale s'est raccourcie.
Drapers a consacré 2026 à tenir une liste actualisée des ouvertures de boutiques de mode au Royaume-Uni. Cette liste, persistante et grandissante, est la preuve que la presse professionnelle admet que le récit du déclin structurel a devancé les baux effectivement signés.
Sir John Crabstone
Drapers, la publication de référence du commerce de mode britannique, a consacré 2026 à tenir une liste actualisée des ouvertures de boutiques. Cette liste, persistante et en constante progression, est en elle-même un démenti.
Who’s opening stores in 2026? vaut, sur le plan éditorial, comme une thèse : le récit du déclin structurel ne correspond plus aux baux qui se signent. La boucle infernale n’a pas disparu. Elle s’est raccourcie, et les enseignes ont cessé d’attendre qu’elle prenne fin.
Ce que contient la liste de Drapers contredit le récit dominant. Crocs ouvre sa première boutique à prix plein au Royaume-Uni, au Westfield Stratford City. Inditex implante sa chaîne la plus jeune, Lefties, sur quatre sites dans le sud de l’Angleterre. Garage inaugure son premier flagship britannique sur Oxford Street. Topshop revient en magasin physique via 32 points de vente John Lewis à partir du 17 février, accompagné de Topman dans sept d’entre eux. Aucune de ces enseignes ne vit un redressement spectaculaire. Ce sont des entrées de marques qui ont vu les nouveaux loyers et ont signé.
Claire’s a fermé l’ensemble de ses points de vente britanniques et supprimé plus d’un millier d’emplois plus tôt cette année. Julien Jarjoura — un opérateur français qui gère déjà environ 240 boutiques Claire’s en Europe, avec le soutien du propriétaire américain Ames Watson — prévoit de rouvrir une cinquantaine d’adresses au Royaume-Uni, à raison de quatre à dix par semaine à partir de juin. La marque était, selon ses propres mots, « pratiquement morte ». La rentabilité, admet-il, est encore à trois ou cinq ans. Elle ressuscite dans la même année civile où elle a fermé.
C’est la boucle infernale compressée en quelques mois.
La fermeture ne précède plus l’oubli ; elle précède l’arrivée d’un opérateur qui lit autrement le tableau des loyers. Le cycle qui durait autrefois une décennie s’est resserré au point qu’une même enseigne peut fermer et rouvrir dans le même exercice fiscal. « Redressement » n’est pas le bon mot. L’espace commercial a été réévalué en dessous du coût de le laisser vide.
Ce sont les loyers qui font le travail. Les propriétaires qui ont porté des locaux vides pendant deux ans ont cessé de prétendre que leurs prix affichés étaient réels.
La presse, elle, ne s’est pas ajustée. Les fermetures voyagent plus loin que les ouvertures, et le récit structurel est toujours le dernier à se remettre à jour.
Superdry, redevenu rentable à 33,8 millions de livres de bénéfice avant impôt, prévoit 21 ouvertures dont quinze en Grande-Bretagne. Crew Clothing en a vingt en projet, Oliver Bonas autant. Ce n’est pas la rue commerçante décrite par les rédacteurs de nécrologies.
Ce que documente Drapers n’est pas de l’optimisme. C’est la presse professionnelle qui admet que la nécrologie a été rédigée avant les baux. La liste s’allonge chaque semaine.